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Bubu
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Messagepar Bubu » 29 juil. 2014, 18:47

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Episode 15

    Jeune mariée... la condition de la femme, à l'époque...

    Jeune mariée, je fus traumatisée par les repas à préparer. Roger quittait le domicile au petit matin, à vélo, pour se rendre à son usine, et rentrait sur le coup de 14 h 30. Le repas devait être prêt. Actuellement, surtout lorsqu'il n'y a pas d'enfants, les repas ne sont plus vraiment un problème pour les jeunes femmes. Soit c'est le mari qui cuisine, soit tous deux à tour de rôle, soit ils vont au Mac Do, soit ils achètent le pré-cuisiné, soit la femme se débrouille toute seule et aime ça !

    Heureusement, en ce temps-là, ni Mac Do, ni les repas pré-cuisinés n'avaient encore été inventés. Si bien que nous n'eûmes pas le loisir de nous laisser tenter par cette facilité... à terme fort malsaine.

    Tout au début, mon mari, un certain jour, agacé de se voir présenter des pommes de terre rôties un peu trop racornies, avait asséné : « Tu iras prendre des cours de cuisine chez ma mère ! ».

    Ce qui m'avait particulièrement choquée, d'autant plus que belle-maman (plus simplement appelée « Tante Berthe »), ne savait pas du tout faire de bonne béchamel. J'avais la prétention de la réussir bien mieux qu'elle! Souvent j'allais frapper à la porte de la voisine pour demander ceci ou cela :

    - Comment cuisinez-vous les navets ?

    - Pour ce rôti, compter combien de temps ?

    - Pour le bouillon de bœuf, c'est mieux du flancher, de la rondelle, ou de la basse-côte ?

    Mes potages étaient toujours fort réussis, car ils cuisaient tout seuls. Je n'avais pas vraiment besoin de surveiller. Pour les salades, je n'avais pas de complexes : rien à cuire, rien à brûler !

    Nous ne nagions pas vraiment dans l'or, j'avais emporté de chez mes parents une chambre à coucher en noyer, avec lit lorrain (un mètre de large... pour 2 personnes...), armoire assortie, plus commode et deux tables de nuit avec dessus en marbre. Roger était tourneur qualifié à Usinor. La direction lui avait proposé de passer contre-maître. Il en avait les possibilités : de l'autorité, l'amour de son métier, un bagage technique excellent, et son brevet de maîtrise (diplôme obtenu très rarement à l'époque). Mais voilà : Roger était un idéaliste, il ne voulait pas trahir ses copains de la CGT, et être plus ou moins à la solde de la direction, « contre » les ouvriers, et « pour » le patron... J'avais compris. Je n'avais jamais insisté. Et nous étions restés plutôt pauvres, avec 4 enfants, assez longtemps...

    Nous vivions donc, au début, en meublé : dans la cuisine un vieux buffet que j'avais repeint en ripolin blanc, une cuisinière à bois et charbon, quelques chaises, et la voiture d'enfant, que nous avions acheté un peu à l'avance, et où le bébé dormirait, par-dessous une belle couverture matelassée bleu-ciel, que j'avais confectionnée sur la machine à coudre à pédale de maman. A l'époque, nous habitions à 500 m l'une de l'autre, et je me rendais parfois chez elle, quand mon père n'était pas là.

    Jean-Loup vint au monde au mois de mai. Je fus au début, comme toutes les nouvelles mamans, extrêmement stressée, ne sachant trop comment m'y prendre pour faire survivre ce petit bout de chou, le laver sans lui faire de mal, ne pas le laisser avoir froid, ou trop chaud, ni souffrir de la faim ou de la soif !

    A l'hôpital de Beauregard, qui était à l'époque la seule maternité de Thionville et environs, une sage-femme, d'un certain âge, rassurante et débonnaire, m'avait prise en charge, après que j'eus « perdu les eaux ». A l'époque (en 1952), sauf pour les « gens riches », aucun médecin n'était préposé pour les accouchements. En principe, ils se passaient sans gynéco. Quelques années plus tard, une maternité privée fut créée à Thionville - où opéraient des gynécos associés. En ce temps-là, l'accouchement était considéré par les femmes comme un phénomène naturel, et elles n'en avaient en principe pas réellement peur. La douleur était acceptée comme un phénomène passager, sauf accident. Et très peu de femmes vivaient avec la hantise de ce genre d'accident. Certes, on racontait, la mine attristée, qu'une telle s'était faite accoucher au forceps, ou que le bébé d'une telle s'était présenté par le siège. En principe, les sages-femmes ne faisaient pas plus d'histoire qu'il n'en fallait, si bien que les futures mamans ne vivaient pas comme aujourd'hui, affolées à l'idée « des douleurs », et prêtes, trop souvent à mon sens, à se faire accoucher par péridurale, ce qui EST tout-à-fait antinaturel !

    Ici un passage est autocensuré par l'auteur, pour ne pas placer le site en difficulté éthiques et déontologiques. L'auteur regrette ce pis-aller : si le livre présentement écrit en épisode est édité par la suite, l'auteur se battra pour que les passages ici autocensurés puissent y figurer.

    Personnellement j'avais accouché trois fois à Beauregard, toujours sous la houlette de la même sage-femme, sereine et débonnaire, et une quatrième fois à domicile, avec l'aide d'une autre sage-femme, car je ne disposais que de deux grands-mères, pour garder mes trois premiers enfants encore en bas âge. Et deux très jeunes enfants, pour une seule grand-mère, c'était tout de même un peu beaucoup. L'aîné, Jean-Loup, âgé alors de 4 ans et quelques mois, était resté chez nous, dans le chalet loué par Usinor sur les hauteurs de Yutz. Tout c'était bien passé, bien sûr. J'étais faite pour avoir des enfants. Une ribambelle. Tous les ans un, jusqu'à la ménopause, si « j'avais laissé faire les choses ». A l'époque, surtout chez les familles d'ouvriers, il y avait beaucoup de familles nombreuses. Dans nos chalets, on trouvait régulièrement des fratries de 6 à 10 enfants. Nous-mêmes étions considérés par nos familles comme « des idiots » qui ne savions « point y faire ! » Je n'avais eu d'autre éducation à la contraception que celle de ma mère. Le gynéco consulté me prêchait la méthode Ogino, et je n'avais rien compris aux relevés de température préconisés (je n'avais pas vraiment cherché à comprendre, d'ailleurs, espérant toujours à ce propos un sort clément. Et d'autant moins que je ne savais même pas ce que voulait dire au juste « l'ovulation »...).

    La première pilule contraceptive fut mise au point aux Etats-Unis, en 1956, paraît-il, puis commercialisée en Allemagne. En France, elle ne fut, semble-t-il, autorisée qu'en 1967. L'avortement était « de mon temps », sévèrement réprimé. Les femmes en usant risquaient la prison, mais de plus, les médecins oeuvrant, ou complices, risquaient de voir leur parcours professionnel totalement compromis. Parmi « le bon peuple », très peu connaissaient les bonnes filières. Aller en Suisse ou en Angleterre !? Il fallait savoir où... et pouvoir payer ! C'est une bonne chose d'avoir libéré la femme de cet asservissement ! Avoir un bébé à 16 ans !? C'était assez fréquent. Et une calamité... pour le bébé - et pour la maman - et souvent aussi pour le papa. Et pour les grands-parents, bien sûr, lesquels, la plupart du temps, devaient assumer... Les cas n'étaient pas rares encore où la fille était jetée à la rue par le père, outré du déshonneur.

    Une femme ne devrait pas avoir plus d'enfants que de mains pour s'en occuper. Et surtout ne pas en avoir quatre en quatre ans - comme ce fut mon cas. Une maman ne peut plus « profiter du plaisir de câliner ses petits », lorsque l'aîné vomit en s'étranglant dans les quintes provoquées par la coqueluche, que le 2ème est atteint de diarrhées, que le 3ème doit boire son biberon tout seul, avec une tétine perforée d'un minuscule trou pour l'empêcher de s'étrangler en têtant... biberon enveloppé dans un gros linge, pour rester tiède, pendant toute la longue durée de cette têtée... une maman est terriblement frustrée de ne pouvoir accorder à chacun « le minimum de caresses », de calculer chaque geste, l'utilisation de chaque minute de son temps. Dans les familles riches, il est facile d'avoir une famille nombreuse. Baby Sitter et personnel « payé pour » rendent la vie de la maman agréable. Elle peut se vouer à tout ce qui, pour la maman pauvre, est un luxe ! Un jour - je n'avais encore à l'époque que 3 enfants en bas âge - j'avais compté les changes de couches provoqués par des épidémies de diarrhée contagieuse : 14 changes dans la journée : en partant du plus âgé (3 ans ), en passant par le moyen (20 mois), pour aboutir au bébé de 4 mois... Ils avaient tous les trois contracté la coqueluche, au final : le bébé, Michel, avait failli en mourir.

    Changer les « petits cucus » était pour moi une goutte d'eau dans l'immense mer de mes occupations ingrates et sans gloire, accomplies le plus souvent machinalement, du matin au soir. J'étais pourtant assez secondée par mon époux, lequel, en mobylette, se chargeait de toutes les courses, m'aidait à donner, les soirs, les repas aux petits, à les laver, et puis à les mettre au dodo. Peu à peu, il se mit souvent à faire la cuisine, à ma place. Il n'existait point de crèche, et la maternelle, pour Jean-Loup, ne fut accessible que lorsqu'il eut 5 ans. Pendant de longues années, je ne mis pas « le nez dehors », autrement que pour aller (à pieds) promener les petits, ou dans le jardin pour pendre le linge.

    En plus, je n'étais pas entourée d'une famille serviable et qui m'aurait soutenue, réconfortée, qui aurait gardé l'un ou l'autre des petits pour que je puisse « aller me promener, un jour, toute seule ». Pour que nous puissions, un jour, Roger et moi, nous rendre au cinéma. Les grands-mères voulaient bien dépanner, mais seulement pour les accouchements. Ce n'est que lorsque les petits grandirent que les grands-mères voulurent bien prendre l'un ou l'autre, un peu, pendant les grandes vacances.

    Lorsque certaines femmes affirment : « c'est mal d'avorter », c'est parce qu'elles ne savent pas à quoi est exposée une maman et sa petite famille lorsque celle-ci s'agrandit trop vite, dans des conditions matérielles inappropriées !

    D'ailleurs, complètement à bout, après l'accouchement d'Evelyne, notre quatrième enfant (Jean-Loup avait 4 ans...), moi qui, jusque-là, avait toujours relevé la tête, et probablement suite aussi à un bouleversement hormonal, je tombai dans une profonde déprime qui dura 2 longues années. Pendant lesquelles mes dents, décalcifiées, durent subir des traitements longs et douloureux. Je crois même que je fus partiellement droguée par les piqures anesthésiantes, nombreuses, que m'administrait le dentiste, toutes les semaines de ma vie, pendant ces 2 années. Parfois, le matin, je m'asseyais au bord du lit, et me mettais à pleurer. Roger, lorsqu'il ne travaillait pas, me voyant ainsi, essayait de me consoler. Je pleurais d'ailleurs sans raison. De faiblesse, simplement, je pense. Il eut avec moi une patience extraordinaire, et oeuvrait, à la maison, autant qu'il le pouvait, pour me remplacer, lorsque j'étais à bout.

    Beaucoup plus tard, pour mon 5ème bébé, je m'en fus me faire avorter en Pologne, en compagnie de Roger, lors d'une expédition mémorable. Je raconterai cela un peu plus tard...

    Avant la « pilule », réussir à avoir des enfants, dans la large majorité des cas, n'était pas un problème. Réussir à ne pas en avoir, c'était par contre un énorme problème.

    Aujourd'hui le fait d'avoir un enfant, sur commande, est devenu parfois, un problème... Et simplement de réussir à faire un enfant, un seul, est devenu un problème encore plus grand ! Comme si la nature se vengeait d'avoir été beaucoup manipulée...

    Ici un passage est autocensuré par l'auteur, pour ne pas placer le site en difficulté éthiques et déontologiques. L'auteur regrette ce pis-aller : si le livre présentement écrit en épisode est édité par la suite, l'auteur se battra pour que les passages ici autocensurés puissent y figurer.

    Petit Jean-Loup... et le début des « vrais soucis »

    C'était un beau bébé. Mon PREMIER bébé ! Un bon bébé. J'essayerai de ne pas évoquer son souvenir plus qu'il ne convient. De ne pas « jouer » avec mes souvenirs heureux au point de me faire basculer dans la déprime profonde à me dire que : tout cela !? Rien de plus que des « souvenirs » : un peu de nitrate d'argent sur du papier-photo, avec, dessus, ton rire, Jean-Loup, de bébé heureux - que des « souvenirs » inscrits dans mes neurones, qui se perpétuent, prolixes - au rythme des mitoses des cellules de mon cerveau - souvenirs qui vont mourir, forcément, en même temps que moi-même, photos pâlies et délavées qui seront - peut-être - encore un peu - contemplées - un jour - par quelqu'arrière petit-enfant amoureux de généalogie.

    Un beau bébé - qui mourut - 24 ans plus tard - pour de complexes raisons - dont l'une, avérée aujourd'hui : effet secondaire d'un certain anti-inflammatoire sur un tempérament un peu fragile (un jour, je dirai TOUT...).

    Oui, c'était un beau bébé ! Afin de clore sur une note gaie : je m'évertuais à lui donner le sein, au début (après, j'avais été obligée, à mon grand désespoir, d'interrompre l'allaitement : mon sein droit terriblement enflammé par « une mammite » aiguë).

    Donc, à l'hôpital de Beauregard, sous le règne des chères-soeurs de l'époque, en présence de Roger qui nous couvait des yeux, les seins à l'air libre, je retenais ma respiration dans l'attente que Jean-Loup « morde enfin le sein à pleines dents, malgré sa petite bouche édentée ». Concentrés sur cet acte vital, Roger et moi n'avions rien d'autre en tête. Si bien qu'en plus, mes fesses, aussi, étaient à l'air libre. Et c'est là que « la chère-soeur-chef » fit irruption (sans frapper), dans ma chambre, et en perdit le souffle. Roger et moi n'en crûmes pas nos yeux : la chère-soeur était prête à s'effondrer... de pudeur offensée... de consternation en face de notre liberté d'action... un peu comme si, de nos jours, une chère-soeur entrait, par erreur, assister à une projection porno...

    La sœur n'arrêtait pas, saisie de sueurs froides, de répéter : « Sotte gamine... !! ».

    Enfin je regardai la sœur, ne sachant si je devais rire ou pleurer, et lui affirmai, convaincue : « Mais ma soeur, voyons, c'est mon MARI, il en a vu « bien d'l'autre» !! ».

    Mais elle hochait la tête, obsédée sur son leitmotiv : « Sotte gamine...! ».

    Par la suite, en société, régulièrement, l'épisode de la chère-soeur, à l'hôpital, était conté, et provoquait, inlassablement, quelques fous-rires !

    De retour à la maison - je veux dire dans notre modeste meublé - je m'étais faite initier au bain du bébé par ma voisine, laquelle, précisément, travaillait à la maternité. Certes, à la maternité, ils m'en avaient touché un mot. Mais, stressée, j'étais peu réceptive. J'avais besoin de me faire répéter la leçon. La voisine m'avait donc initiée davantage : elle m'avait tout montré... d'abord le bain... et tout son cérémonial... puis le sein, ensuite... et enfin le rot.

    Sur ce, pendant plusieurs jours, six fois par jour, et du matin au soir, je répétais la leçon : d'abord le bain, puis le sein, puis etc... Si bien que « petit Jean-Loup » bénéficiait - si l'on peut dire - de 6 bains par jours. Un heureux hasard fit enfin que je compris par moi-même qu'un seul bain par jour pouvait suffire, également. Nous avons beau descendre tous d'espèces probablement aquatiques au départ, une peau fragile de bébé trempée à répétition dans un bain chaud peut très bien ne pas forcément s'en accommoder. D'autant plus que la maman, à force de multiplication des répétitions, peut très bien, elle aussi, ne plus même avoir le temps de prendre soin d'elle-même, entre deux rituels du genre !

    Un beau jour, j'en eus assez de vivre dans cet espace de vie trop étroit. A l'époque, Roger vivait dans une peur pathologique de dépenser de l'argent, si peu que ce soit, pour d'autre chose que de la nourriture et des appareillages ménagers. En particulier, l'idée d'un logement digne du nom, forcément plus coûteux, le rendait littéralement malade. Je parvins néanmoins à le persuader d'une certaine nécessité... si bien que, lorsque Jean-Loup avait atteint ses 3 mois, nous avions réussi à emménager au-dessus de la patisserie Bauer, rue de l'Hôpital, à Thionville-Centre.

    Au 2ème étage. Une cuisine étroite et allongée, donnant sur cour. Une pièce borgne. Et une merveilleuse grande pièce, lumineuse, avec deux hautes fenêtres, que j'avais bien vite parées de voilages bleu-ciel. Bien vite, Roger avait confectionné un solide treillis, prévu pour empêcher Jean-Loup, puis son frère Alain, de passer par la fenêtre, en-même temps que différents objets, tels que : locomotive en bois et son fourgon, autres wagons, poudriers de maman, rouges à lèvres, lesquels objets chutaient et atterrissaient sur le trottoir, dans un bruit merveilleux, accompagné des cris de passants malchanceux.

    Jean-Loup brûlé au 3ème degré

    Nous disposions, outre d'une grosse cuisinière à bois et charbon, peu pratique pour cuisiner, en période de non-froid, d'un réchaud à gaz butane, 2 flammes, d'aplomb sur une petite table en fer, assez solide, et qui plaçait le réchaud hors de portée du bébé, lequel, allègrement, à l'âge d'un an, à défaut de marcher « tout seul », trottait dans son « youpala », petit engin à 4 roues, entre lesquelles il était suspendu par un petit harnais. C'était merveilleux de le voir trotter et gazouiller ainsi d'une pièce à l'autre...

    Par la suite, après l'accident, nos enfants en-bas âge furent, littéralement, interdits de cuisine. Roger, très habile de sa tête et de ses mains, lors de chaque déménagement, construisait une palissade-barrage, glissant dans un rail placé sur les deux chambranles de l'ouverture, palissade destinée à permettre aux plus grands, en l'enjambant, de circuler librement, mais interdisant « aux petits » un accès dangereux.

    Donc, un certain jour, des petites pommes de terre nouvelles cuisaient dans une casserole, sur l'un des brûleurs du réchaud. J'avais bien calculé : Jean-Loup ne pouvait pas avoir accès au réchaud : trop petit pour cela, notre bébé ! Mais j'avais omis de penser qu'il pourrait hocher la table. Ses pieds en fer, en effet, étaient assez minces, et par la suite j'eus un jour, quand Jean-Loup fut plus âgé de quelques mois, la preuve qu'il avait dû hocher cette table de toutes ses forces, pouvant en agripper l'un des pieds dans ses petites mains. Où était la maman pendant ce temps-là !? Aux WC, un demi-étage en-dessous. Vider le seau de toilettes. Car nous n'avions pas de WC dans l'appartement... Depuis le WC j'entendis d'horribles hurlements. Je fonçais, comme une folle, escaladant les marches, direction « danger », et j'aperçus mon pauvre petit Jean-Loup, le réchaud renversé et coincé dans ses petits bras, la casserole par terre, et lui, les yeux exorbités et plein de larmes, comme si ces yeux avaient été, eux aussi, ébouillantés !

    Je crus, à cet instant précis, mourir de désespoir !

    Jean-Loup, par la suite, conserva juste une grosse cicatrice au cou, et à l'épaule. Ainsi qu'une marque à la tête, recouverte par une abondante chevelure presque noire.

    Mais là, sur le coup, je vivais un drame effroyable. Au départ, mon mari m'accusa d'avoir été négligente. Par la suite, il comprit que je n'avais pas pu prévoir l'instabilité possible de cette table en métal, d'apparence solide.

    Jean-Loup resta à l'hôpital une dizaine de jours, la tête enveloppée dans un bandeau de fakir. Puis il rentra à la maison. Son crâne était totalement couvert de grosses croûtes. Le Dr Hofstein, notre gentil et compétent médecin de l'époque, m'avait demandé de lui enlever les croûtes avec une pince à épiler. J'en avais été totalement incapable. Alors il avait fait lui-même le travail. Jean-Loup hurlait. Ce fut l'un des souvenirs les plus horribles de ma vie. Des ulcères purulents étaient présents, sous les croûtes. Mais peu à peu, Jean-Loup guérit.

    Je fus marquée par cet accident, je puis dire, à VIE. Mes actes, mes pensées, en furent modifiés. Je ne fus plus, dans ma tête, disponible pour le bébé qui grossissait dans mon ventre, déjà, et à nouveau. Notre pauvre petit Alain qui vint au monde quatre mois plus tard, subit gravement les conséquences de ce manque de disponibilité « dans la tête et dans le coeur » de sa maman, très gravement perturbée et martyrisée par l'horrible accident de son premier bébé. C'est ainsi que, parfois, la fratrie d'un petit handicapé est défavorisée, car les parents - et c'est si humain - s'investissent, corps et âme, pour faire survivre celui qui reste « l'enfant à sauver, à tout prix » !

    Et, nous concernant : celui, justement, qui, 24 années plus tard, ne parvint plus à être sauvé...


La Présidente-Fondatrice de Cancer-Espoir : Simone SCHLITTER


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